mardi 14 juin 2011

Un bateau de pierres

Presque terminé,le fort aura coûté au moins huit millions de francs dont sept pour la partie maritime « ce qui équivaudrait à 1,4 milliard de francs ou 140 km d'autoroute.Une dépense énorme qui fera dire à un paysan d'Oléron : s'il avait été construit en pièces d'argent,il n'aurait pas coûté plus cher !».La banque de France se montre nettement plus généreuse.Selon le coût de l'indice des prêts à la consommation,elle évalue cette dépense à 17,7 milliards de francs et selon le franc germinal or fin à 167 milliard.
Malgré cela,le second Empire se montre très fier,même si à l'évidence il est aujourd'hui parfaitement inutile,à tel point qu'il ne recevra jamais l'armement prévu,mais des canons de 30,modernisés,se chargeant encore par la gueule.Ils seront installés sur la terrasse et au rez-de-chaussée,les étages,eux,n'en seront jamais dotés.Pendant la construction du fort on a constaté qu'il était très difficile d'accès,notamment au niveau de l'escalier ouest presque toujours inabordable.On a d'abord construit des jetées provisoires pour faciliter l'embarquement des matériaux mais la mer en a eu rapidement raison.
On a donc décidé de réaliser à la fois un brise-lame de protection au nord et un havre d'abordage au sud pour éviter de rester bloqué à l'intérieur par gros temps.Une mésaventure qui n'a rien d'agréable si l'on en croit le récit du capitaine Leré prisonnier pendant trois jours d'une tempête d'octobre.« Les vagues jaillissent à plus de trent mètres de hauteur.Au sud,elles atteignent même la tourelle de la vigie.La terrasse est totalement inondée et il est impossible d'y accéder.A chaque coup de mer le fort oscille et tremble.On sent qu'il se balance,tantôt dans le sens de la longueur,tantôt dans celui de la largeur.Les hommes ressentent une secrète frayeur et un grand nombre éprouvent des malaises comparables ... au mal de mer!Le débarcadère est englouti par une lame pour ne plus reparaître,le même coup de mer qui a dû emporter une partie de la jetée ouest.De nombreuses ouvertures au nord et même celles qui avaient été murées par précaution sont détruites et les casemates envahies par les flots.Le 10 octobre en utilisant la jetée encore intacte,on parvient a embarquer quelques ouvriers fous de peur qui veulent à tout prix quitter Fort Boyard et ne jamais y revenir ».
Deux ans plus tard le fort ne pourra être ravitaillé d'octobre à janvier,des vagues énormes le coifferont endommageant encore une fois les casemates et jetant même à bas de son affût l'un des canons.A cette époque,comme aujourd'hui,le fort n'était pas protégé par un éperon en blocs artificiels chargés de diviser les vagues en deux et de les empêcher de frapper le bâtiment de plein fouet .Il sera achevé en 1866,ainsi que le port d'accès appelé barachois,mais,laissés sans entretien,depuis l'abandon du fort par l'armée en 1913,l'un et l'autre seront peu à peu démolis par la mer et d'inquiétantes et profondes fissures le lézardent au nord.

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